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Charles Judes

Charles Judes_Portrait

Biographie

Judes Charles, Marie, Emile, né le 23 janvier 1913 à Neuillé Pont-Pierre (Indre-et-Loire), fut notre chef du Ier bataillon du CFAVV, mais aussi notre grand frère bien-aimé, respecté et obéi.

Ce brillant saint-cyrien, sorti de la promotion 1937, vingtième sur 362 élèves classés, était de ces hommes dont on fit des preux et des chevaliers au temps des Croisades, et des généraux imberbes au temps des révolutions. Il était tout à la fois la netteté physique et morale, la rectitude et la précision, le vif argent et la confiance, l’audace et la chaleur humaine.

Un relevé de ses notes de 1938 à 1945 sous des supérieurs différents le dépeint, d’une plume unanime, comme un modèle d’officier :

« Sérieux et d’esprit mûr, ayant de bonnes connaissances de base et des qualités d’instructeur. Énergique aux manœuvres. Éducation excellente. N’a mérité que des éloges. Sera un officier de choix s’il continue » (1938, RI).

« S’affirme de plus en plus comme un officier tout à fait brillant, d’une activité inlassable et calme, d’une autorité certaine, bon instructeur en qui on peut avoir une absolue confiance » (1er septembre 1939, le colonel commandant le 152e RI).

« Intelligent, travailleur, sérieux, actif, d’un calme et d’un sang-froid communicatifs, autorité naturelle » (7 mars 1940, 152e RI).

« Caractère très affirmé sous une timidité apparente. Dignité parfaite, haute conscience, intelligence vive, instructeur remarquable, plus résistant qu’il n’en a l’air (sic) » (Loches, 5 janvier 1941, colonel commandant le 32e RI).

« Officier d’élite à pousser dès que possible au grade supérieur » (30 décembre 1941, colonel commandant le 32e RI).

« Caractère très droit et énergique. Très modeste, travaille en silence. Le service qui le recevra est certain de faire une excellente acquisition, car il est rare de trouver chez un jeune homme autant de qualités exceptionnelles » (30 décembre 1942, colonel commandant le 32e RI).

« Une âme de chevalier servie par une volonté farouche, épris d’idéal, est capable de tous les sacrifices, est apte à tous les dévouements. Est l’objet d’une respectueuse admiration de la part de tous les officiers de son bataillon qu’il domine par son élégance, qu’il surplombe par ses qualités militaires, qu’il impressionne par son cran. Est adoré de ses hommes qui lui reconnaîtraient volontiers le droit de vie ou de mort.

« Instruit gon bataillon avec méthode et profit, transformant les maquis qui le composent en une belle unité militaire. Mérite par ses exceptionnelles qualités, parle travail qu’il a fourni dans la Résistance d’être maintenu dans le grade de chef de bataillon » (22 décembre 1944, le colonel commandant le 4e RIA au front).

« Pur-sang aux réactions vives, le commandant Judes a toujours été un subordonné déférent et même affectueux. Il mérite qu’on lui choisisse ses chefs (1er juin 1945, le colonel commandant le 4e RIA).

« Le capitaine Judes est un officier de toute première valeur. Chef de bataillon à titre FFI provenant de la Résistance de Loir-et-Cher où il s’est particulièrement distingué, a commandé avec brio un bataillon du 4e RTA sur le front de Lorient. Officier dont le dossier n’est qu’une suite d’éloges sans réserve. Mérite très grandement de reprendre sans délai son grade de commandant » (le général Borgnis-Desbordes, commandant la 19e DI, le 5 septembre 1945).

 Noté excellemment depuis la sortie de Saint-Cyr, le capitaine est effectivement un officier très complet. S’il a fait preuve de qualités de chef remarquées lorsqu’il était dans la troupe, et tout spécialement dans la Résistance active, il a démontré aussi que, dans un état-major, il était apte à tenir très brillamment sa place. »

Effectivement comme chef du 1er bureau, à la 19e Dl, cet officier a fait face à une très lourde tâche, dans les conditions les plus remarquables, et a témoigné à ce poste des plus réelles qualités de travail, de méthode et de jugement. »

« En dehors de ces qualités d’ordre technique, le capitaine Judes a une très grande autorité sur son personnel, une attitude très militaire, une tenue toujours très soignée, une haute conception de ses devoirs militaires et une vie privée irréprochable. C’est donc un officier de choix qu’il serait juste de promouvoir au grade supérieur, dès que cela sera possible, compte tenu des services qu’il a déjà rendus et du potentiel qu’il représente. » (Rothveil, le 21 janvier 1946, le lieutenant-colonel Tabouis, chef d’EM de la 19e Dl).

Si nous publions ces longs extraits des notes de notre cher commandant Judes, c’est pour mieux le situer dans le vent de l’Histoire » au niveau qui restera le sien, celui des Hommes véritables.

Dans une période où les grades fleurissaient comme pâquerettes

Au printemps, où le sergent devenait colonel et le colonel chef d’État, des hommes tels que Judes furent rétrogradés.

Il tomba au Tonkin, devant Ben-Ngoc, le 23 février 1952, tué par balles Viet-Minh, à trente-neuf ans, sous la tunique de capitaine. Plus d’un ancien de son bataillon dispersé, quand il l’apprit, pleura, le cœur déchiré. Grandeur et servitude du métier militaire !

On trouvera dans le cours du livre « Les Volontaires de la Liberté » beaucoup de textes rédigés par le commandant Judes (lieutenant Richard dans la Résistance). Ce sont des notes de service adressées aux compagnies FFI et Rangers, des ordres du jour ou des proclamations, des éloges funèbres pour les compagnons tombés, et aussi des plans d’opérations et d’instruction adressés régulièrement à ses compagnies au contact de l’ennemi.

Ces notes et rapports sont abondants dans nos archives, nous en avons fait un choix. Judes était correspondant de l’École de Guerre et ces notes et rapports y étaient adressés. Nul ne pouvait ignorer leur sérieux et leur valeur militaire. Mais Judes correspondait aussi volontiers avec les journaux blésois issus de la Résistance, où il ne se gênait guère de fustiger l’attentisme et d’exalter l’esprit de l’armée nouvelle des FFI. Cette armée nouvelle, n’a cessé d’y œuvrer depuis la dissolution de l’armée d’armistice. En décembre 1942, il refuse de suivre le commandant de Lambilly qui rejoint les Français libres par l’Espagne. Judes considère que sa place est à l’intérieur, à organiser l’armée secrète. Il rejoint l’ancienne zone occupée, Blois plus précisément, et obtient le contact ORA du colonel Bertrand en novembre 1943. Il est désigné pour siéger au sein du premier Comité départemental de Libération du Loir-et-Cher, Comité restreint formé par le Front National. Il représente en son sein le chef militaire départemental et gagne l’amitié de ses membres venus d’horizons divers. Chacun aime le lieutenant Richard. Sa présence jouera un rôle important dans l’unification des forces clandestines et patriotiques. Le Dr Roy, qui assurera le service de santé des FPI pendant la Libération, lui ménage d’importants contacts, avec Lucien Jardel (Henri), Fays (Lafaille) et Auguste Michel (Fito), membres de ce premier CDL.

II noue des contacts solides avec des responsables de groupes FTPF et de jeunesse du Val de Loire et Sologne. Il voit clairement dans ces groupes de patriotes les noyaux de ses futures compagnies. C’est la phase de l’armement et des parachutages dont les aventures ont déjà été décrites. Et le 16 août 1944, quand le lieutenant Richard sortira au grand jour de certaines caves de Blois (rue Saint-Laumer) où, depuis quatre jours, 250 hommes armés rongent leur frein, il sait que l’organisation patiente a porté ses fruits. Les compagnies s’articulent à souhait, la cinquième et la troisième au centre sur Blois, la quatrième à gauche sur Mer, la deuxième et la première Onzain, Monteaux. Il devient le commandant Richard d’un bataillon sans uniformes.

Ces ouvriers, et artisans aux mains calleuses lui donnent leur confiance. Ces hommes farouchement levés le galvanisent, il le leur rend bien, et voit mourir ses soldats de dix-huit ans, la blague aux lèvres et les yeux encore étonnés, les Fito, Tanvier, Mazille, Ringuédé, Rouballay, Ravion, Régnier. Inlassablement, il conseille les jeunes : « Cessez les actions imprudentes, nous combattons une armée de métier, épargnez le sang inutile, restez vivants, ne gaspillez pas vos munitions, soyez calmes, vous serez efficaces. »

Le 20 septembre, nous entrons en caserne.

Le 20 novembre, nous partons au front. En deux mois, Judes a fait de son bataillon une unité homogène et sérieuse. Notre troupe guenilleuse de maquisards fatigués marche au pas, les talons et les crosses claquent à l’unisson.

Le 8 octobre, avec le colonel Valin, il présente son bataillon, à la population accourue, aux autorités, au préfet Keller et au général Auniord, commandant la région militaire. Lee vignerons de Mont et les ouvriers de Blois sont là, en famille. Les hébergeurs d’hier, les ravitailleurs du maquis, les marraines de guerre. Dans ce bataillon du peuple, celui-là a son frère, ceux-là ont leur fils, leur neveu, « leur » réfractaire. La quatrième compagnie relève la tête, elle est sous les armes et garde le fanion du bataillon.

Après l’appel des morts, Judee nous réunit : le carré, lui au centre, le salut, puis ses mots qui sont des messages : « Tous des Hommes, les yeux dans les yeux, nous vivons grand moment. Nous sommes l’Armée nouvelle. Un peuple sans armée n’existe pas. Vous êtes des volontaires. Vous avez tout donné pour votre pays. Je suis fier de vous commander, de vous emmener au feu. »

Et il aurait pu ajouter : je vous aime comme des frères, car c’était vrai. Je me souviens d’un soir de janvier 1945, c’était au PC de la 3e compagnie, à l’abbaye de Kergognan. À table, après dîner, le commandant Judes était notre hôte. Auguste Lebon, dont la vie allait s’arrêter dans quelques jours, parlait au commandant, en présence de l’aumônier, l’abbé Jego : « Voyez-vous, Richard, quand cette sacrée guerre sera finie et que nous serons enfin libres, nous vous quitterons, car il faudra travailler dur pour reconstruire le pays, mais les peuples coloniaux demanderont leur liberté, que se passera-t-il alors ? »

Lebon parla de son expérience de la guerre du Rif, des guerres justes et injustes. Judes était songeur, soldat de métier, oublierait-il un jour la jeunesse du Lieutenant Richard et ses partisans aux mains calleuses ? Déjà la fin de l’épopée se dessinait.

Le partisan Viêt-Minh qui abattit le capitaine Judes, sept ans plus tard, le 23 février 1952, sur le bord de la rivière Noire, ne sut jamais qu’il tua aussi ce jour-là le Lieutenant Richard, né pour l’épopée, apôtre d’une armée nouvelle et victime d’une guerre inutile.

Nous en avons la confirmation par un article de journal paru le Ier octobre 1952, écrit par un journaliste correspondant en Indochine :

« J’étais l’an dernier sur le bac de Quang-Hen, au nord d’Haiphong, en compagnie d’un brave et loyal officier, le capitaine Judes qui devait tomber quelques mois plus tard en protégeant l’évacuation d’Hoa-Binh. Nous venions d’être témoins des grossièretés dites par un soldat aux bateliers vietnamiens. Le capitaine me regarda avec tristesse :

– Nous n’avons pas le droit de permettre cela, fit-il. Chacun de nos hommes, qu’il le veuille ou non, est un ambassadeur de son pays. Celui-ci est un mauvais ambassadeur. Il a sûrement des excuses. Nous, les chefs, nous n’en avons pas. Nous n’avons rien fait, ou si peu, pour apprendre à nos garçons que ces travailleurs vêtus d’un caleçon méritent d’être traités comme des travailleurs de chez nous.

« MERCI, CHEF ! »

« Je vis le capitaine s’approcher du soldat qui salua. Lui mit familièrement la main sur l’épaule, l’entraîna dans un coin et lui parla à voix basse. Le jeune homme, que j’observais discrètement, avait un visage mobile et ouvert : j’y lus d’abord l’étonnement sincère, puis la gêne. Lentement, son visage s’empourprait. A la fin, il détourna la tête. L’officier lui tapa sur le bras et me rejoignit.

« Avant d’aborder, nous vîmes le soldat, qui s’était rapproché de ses victimes D, leur tendre timidement un paquet de cigarettes. Les bateliers hésitèrent un instant, puis sourirent et acceptèrent. L’incident était clos. Alors que jeep sortait du bac, un Vietnamien murmura, en passant, au capitaine : « Merci, Chef ! » Du coup, ce fut l’officier qui rougit. »

(Article de J.-P. ARNAUD, dans le journal Climat du Ier octobre 1952.)

 

QUELQUES CITATIONS DU COMMANDANT JUDES

Citation comportant l’octroi de la « Bronze Star Medal »

« Concernant le capitaine Charles Judes, 4e régiment d’infanterie aéroportée, 19e division d’infanterie.

« Pou services méritoires en rapport avec les opérations militaires contre l’ennemi, du 27 novembre 1944 au 8 mai 1945, en Bretagne (France). Comme commandant du 1er bataillon du 48 régiment d’infanterie aéroportée, le capitaine Judes s’est maintenu en contact étroit pour coopérer avec les forces américaines dans le sous-secteur de Carnac, péninsule de Quiberon du secteur côtier du 12éme groupe d’armée. »

« Ses préparatifs de défense et la disposition avisée qu’il donne à ses troupes ont contribué grandement à faire échouer de fortes attaques ennemies contre son unité. Le capitaine Judes se distingue particulièrement le 8 décembre 1944 quand, avec une compagnie de son bataillon, il passe à travers l’unité d’assaut américaine qui avait capturé la position fortifiée ennemie à Etel-Kerminhy et procède au nettoyage des résistances qui persistaient. Grâce à une compréhension claire de la situation et à ses qualités de chef, il rendit possible et facile le jeu des relèves entre forces américaines et françaises qui se firent sans pertes malgré la violence du tir d’artillerie ennemi. Son bel exploit de coopération, son dévouement à ses devoirs militaires et ses qualités de chef ont contribué matériellement à la réussite de la mission interalliée. »

Citation à l’ordre du corps d’armée

(Ordre général no 45 des Forces Françaises de l’Ouest)

« Judes Charles, commandant au 4e régiment d’infanterie de l’Air.  Magnifique officier supérieur qui se donne tout entier au commandement de son unité. S’expose souvent et volontairement au danger. Pour servir d’exemple, est allé rejoindre une compagnie soumise à un tir violent de mortiers.

 Le 24 janvier 1945, au petit jour, une patrouille de reconnaissance ayant été fortement accrochée par l’ennemi dans le village de Plouharnel, a pris personnellement le commandement des unités prévues pour l’opération de soutien. Au cours des deux heures de lutte violente qu’a duré l’engagement, s’est montré partout où le danger était grand. A galvanisé ses hommes qui ont réussi à chasser du village un ennemi trois fois supérieur en nombre, lui causant des pertes sévères et ramenant des prisonniers. »

Signé : Général de LARMINAT, commandant en chef des FFO.

Le 7 juin 1952, le commandant Judes était fait chevalier de la Légion d’honneur, au titre de la Résistance.

Une rue à Blois porte son nom, et une stèle érigée à Blois rappelle son souvenir.

Biographie écrite par Raymond Casas,

Son nom figure aussi sur la plaque commémorative du Mémorial des guerres en Indochine à Fréjus (Var).

 

Bibliographie

Sources :

-La Résistance en Loir-et-Cher, Lucien Jardel et Raymond Casas, Pages : 72, 171, 219, 226, 229, 349

-Les Volontaires de la liberté, Raymond Casas, Pages : 53 à 57.

-Mémoires à nos petits-enfants, Tome 1, Raymond Casas, Pages 207 à 209 – 230 à 236 – 242, 248, 249, 257, 263, 269, 281, 283, 292, 294, 299, 304 – 306 à 309 – 314, 318 à 321, 326, 327, 337, 338, 349, 351, 358, 375, 381, 410, 411, 412

Documents

État-major du 1er bataillon - Le Cdt Charles Judes au centre.
Caserne Maurice de Saxe - Blois - octobre 1944 - 1er bataillon